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Jean-Jacques LEBEL, Esprit de sel, 1990-2017, assemblage n°45, 31 x 47 cm

© Louis Delbaere / Courtesy Galerie Mathias Coullaud
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Jean-Jacques LEBEL, Séduction, 1990-2017, assemblage n°1, 19 x 14,5 cm

© Louis Delbaere / Courtesy Galerie Mathias Coullaud

DÉBOUTONNAGES (1990-2017)

Jean-Jacques LEBEL
Exposition personnelle

« Les Artistes proposent de changer les repères de ce qui est visible et énonçable, de faire voir ce qui n’était pas vu, de faire voir autrement ce qui était trop aisément vu, de mettre en rapport ce qui ne l’était pas, dans le but de produire des ruptures dans le tissu sensible des perceptions et dans la dynamique des affects. »

Jacques Rancière in Le Spectateur émancipé

L’esprit est à la hauteur de l’intensité du regard: vif, coquin, pertinent et impertinent. C’est le regard d’un passeur.
Pour moi, la rencontre avec Jean-Jacques Lebel sera une étape car c’est la rencontre d’un monde, d’un Artiste !
L’univers de Lebel est « un rhizome qui va » au sens hugolien d’une « force qui va » car, il ne cesse d’avancer, de créer, d’interroger, de collecter, de collectionner...et, de consacrer TOUTE sa vie à l’art et à la création, à la découverte.
Il a depuis bien longtemps mis la curiosité en bandoulière pour arpenter le monde, les mondes.
Depuis lors nous dialoguons.
Et ce dialogue nous amène à nous réunir du 16 septembre au 28 octobre 2017, à la galerie Mathias Coullaud, pour la présentation exceptionnelle d’un ensemble de 35 « assemblages » Lebeliens qui s’intitulent : « Déboutonnages ».
Bien sûr, il sera question des filles, bien sûr, qu’il faut déboutonner avec « art ».
Évidemment, les mythologies personnelles de l’artiste, la place essentielle de la littérature et de la poésie viendront sous-tendre cet érotisme voyeur joyeux et un rapport tout net à une forme brute de la pratique du geste artistique.
Enfin, et peut-être surtout, l’HUMOUR cet héritage DADA dont il est le légitime héritier sera le ferment de cette exposition : rions au pays de l’art contemporain - un bien beau slogan à l’époque des formalisations !

« Le sorbier entre dans la lyre ou bien la lyre dans le sorbier. Vous pouvez fuir, les belles, la poursuite ne sera pas longue! »
André Breton, in Constellation 

Mathias Coullaud, juillet 2017 

" Nourri au berceau par Marcel Duchamp et André Breton, élevé par le poète Benjamin Péret, le héraut du happening sixties a grandi avec la Beat generation avant de fédérer autour de lui tout ce que la scène internationale recelait de joyeux trublions. 

De folies Fluxus en festival Polyphonix, de performances sacrilèges en crânes résistances à toute forme d’autorité, Lebel résume à lui seul tout un pan de l’histoire non officielle de l’art.
Riche de plus de 900 numéros, sa collection raconte l’époque presque aussi bien que lui et témoigne de ses mille amitiés. « A l’époque, c’était un tel miracle de vendre un tableau ! Alors on préférait se les donner mutuellement, se souvient-il du haut de ses fiers 81 ans. Le fil rouge de toute ma vie, c’est le collectif. Cette exigence existentielle, fondamentale, du partage est une constante absolue que je ne peux expliquer, si ce n’est par l’influence humaine, psychique, des dadas et des surréalistes. » 

Enfant de cette « magnifique aventure mentale qui consiste à transformer le voyeur en voyant », Lebel a récemment créé un fonds de dotation pour éviter que sa collection ne soit dispersée à sa mort. « Il s’agit de déprivatiser mes biens, un vrai acte anticapitaliste militant, revendique-t-il. Je sais que c’est démodé, on me considère bon pour l’asile. Mais la question reste essentielle : un artiste fabrique-t-il de la marchandise pour spéculateurs, ou propose-t-il une intensité interdite par tout système ? » Sa réponse, on la connaît. "

Emmanuelle Lequeux in Le Monde, 21 juin 2017